Faut-il demander leur avis à celles et ceux que l’on gouverne ?

Pour finir mon compte-rendu -tardif – de la dernière session plénière du conseil départemental du Loiret, il me reste à aborder le sujet qui fut mis à l’honneur à cette occasion : le numérique, ses installations et ses usages. Cette aspect thématique, développé désormais à chaque session, est sans doute une bonne idée mais encore faudrait-il qu’il y ait quelque chose à mettre en débat. Sinon, il s’agit d’une simple opération de communication qui n’a pas grand-chose à voir avec la réunion de l’assemblée élue. Et je ne parle même pas d’ouvrir le débat à la population elle-même puisque, vous le verrez, ce n’est vraiment pas le souci du président Gaudet.

Comme, je ne m’attendais pas à ce que le thème ne soit là que pour amuser la galerie, j’avais quand même apporté mon point de vue sur le sujet, à défaut de pouvoir faire évoluer les décisions. Le plus drôle, c’est que, comme j’abordais la question de la démocratisation de ces prises de décisions, justement, Marc Gaudet s’enflamma pour défendre le rôle des élus qu’il estime non seulement prépondérant mais exclusif pour ce qui est de gouverner la société. Pour lui, une fois que les citoyens ont désigné leurs représentants, ils n’ont plus qu’à rentrer sagement chez eux jusqu’aux prochaines élections. Ensuite, les élus se chargent de tout.

Le principe connaît une application au sein même du conseil départemental. Une fois le président élu par l’assemblée avec les membres de l’exécutif, les élus de la majorité (et parfois de la minorité) n’ont plus qu’à siéger gentiment et écouter l’énoncé des décisions qu’il leur suffira ensuite de valider.
Bref, en ce qui concerne le numérique, nous étions plutôt dans l’opération de communication institutionnelle que dans l’intelligence collective.
Mais comme je reste attaché aux vertus de la délibération, je suis donc intervenu, quasiment seul, dans le grand débat thématique de la session.

C’est que, outre le rapport présentant les mesures propres à favoriser l’autonomie des Loirétains dans leurs usages numériques (adopté à l’unanimité), l’opération de communication présidentielle consistait à rappeler combien le Département a su équiper son territoire pour rendre plus facile l’accès au numérique.
Et c’est vrai. Je donne volontiers acte d’une action publique réussie dans ce domaine. D’ici peu l’ensemble des Loirétains doit pouvoir accéder à un raccordement à domicile via de la fibre optique. C’est équitable et efficace pour développer les usages numériques pour tous.
Mais ce n’est que la part matérielle de la question.
Le rapport adopté abordait des dispositifs pratiques pour accompagner celles et ceux pour qui le numérique reste encore un peu abscons. Les propositions portaient notamment sur le reconditionnement d’ordinateurs usagés, la formation de professionnels pouvant jouer le rôle d’intermédiaires auprès de la population, le soutien à des initiatives associatives et locales. Bien entendu j’approuve cela.
Et pourtant quelques questions restaient selon moi en suspens.
D’une part la lutte contre les monopoles de certaines multinationales pourrait être menée plus activement en favorisant concrètement le recours aux outils et logiciels libres. Face à ces mêmes multinationales du numérique, d’autres actions doivent être imaginées pour accompagner les habitants dans la protection de leurs données personnelles.
D’autre part, un tel débat devait être, selon moi, l’occasion de nous exprimer aussi sur la 5G au moment où cette technologie fait largement débat dans la population et est contestée par de nombreuses collectivités territoriales. Surtout, je me référai à l’avis soigneusement élaboré par la convention citoyenne sur le climat concernant l’impact de la 5G sur les émissions de gaz à effet de serre et la proposition de cette même convention citoyenne d’instaurer un moratoire sur l’implantation de cette technologie. (N.B. : on sait aujourd’hui à quel point cet avis a été piétiné par le gouvernement.)
Enfin, au moment où j’intervins, Claude Boissay venait de prendre la parole, non pas pour développer une thèse ou une autre sur le sujet, mais simplement pour demander que l’on diffuse largement le petit film promotionnel qui venait de servir de support à la présentation du dossier « numérique ». J’en profitai pour revenir sur mon incompréhension du secret soigneusement maintenu autour des séances du conseil départemental alors que nous avions eu la preuve, lors du premier confinement, qu’il est parfaitement possible de retransmettre la session en vidéo pour tous, en direct ou en léger différé au lieu d’attendre plusieurs semaines. C’est sûr que c’est plus facile de ne délivrer la bonne parole qu’à travers des vidéo qui émanent du service communication.

En réponse à ces propos Marc Gaudet refusa bien entendu toute discussion relative à la 5G et insista sur le fait que « c’est aux élus de gouverner pas aux comités citoyens ». Ce qui prouve non seulement son mépris pour le rôle des habitants dans l’élaboration des choix qui les concernent mais aussi sa méconnaissance du fonctionnement d’une assemblée citoyenne dont on n’attend pas qu’elle gouverne mais qu’elle éclaire les gouvernants et leur fasse des propositions qu’ils s’engagent à examiner sérieusement.
Bien sûr, il est plus facile de concevoir la démocratie comme un chèque en blanc accordé à une bande de notables auto-satisfaits qui n’ont même pas pris la peine d’annoncer ce qu’ils voulaient faire avant d’être élus. Je m’explique. Marc Gaudet est plutôt quelqu’un d’aimable, de généreux et de dévoué. Ces qualités personnelles et une longue carrière politique lui ont certainement valu d’être désigné à son poste. Mais est-ce qu’il n’aurait pas été plus rationnel qu’il soit élu sur la base d’orientations politiques affichées clairement ? Ses électeurs du canton de Pithiviers avaient-ils été prévenus que, sous sa présidence, l’effort d’investissement du Département serait aussi important pour construire une route autour de Jargeau ? Que le budget d’aides aux plus démunis serait strictement limité de façon à pouvoir distribuer plus généreusement des subventions à toute une clientèle de gens entreprenants mais pas forcément dans le besoin ? Comment l’auraient-ils su puisque le « projet de mandat » de la majorité actuelle n’a été élaboré qu’après les élections.

Quant à la 5G elle-même, le président ne trouva pas grand-chose à en dire puisqu’il met le sujet à l’écart du débat public. Pour lui, on peut seulement constater que la France est « en retard » pour cette technologie. « En retard », c’est l’argument typique du productivisme sans cervelle. En quoi le fait d’être en retard doit-il nous inciter à foncer sans précaution ? Et si nous n’allons pas dans la bonne direction avec la 5G, ce que je crois, ne vaudrait-il pas mieux se réjouir du retard de notre pays à ce sujet ? Et si notre pays était « en retard », par exemple, pour la progression de la pandémie de Covid, n’en serions-nous pas rassurés ?

Voilà de profondes interrogations pour conclure « en retard » mon commentaire de la session d’octobre 😉

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