Pas de sortie du nucléaire dans l’accord mais le nucléaire est sorti de l’accord

Tout est dans le titre, ou presque, en ce qui concerne l’alliance des écologistes et des socialistes en vue des prochaines législatives.

Ce que la presse a présenté comme un accord a minima place toutefois assez haut la barre, dans tous les domaines (retraite à 60 ans, loi d’orientation agricole, justice fiscale, logement, interdiction du cumul des mandat, santé, éducation …etc.-). Chacun y trouvera l’ambition de son parti pour les français mais je crois qu’il s’agit surtout d’un véritable effort en commun pour se placer à la hauteur des enjeux.

Pour mon propre compte, j’éprouve une grande satisfaction à la lecture des propositions « internationales » qui vont de la place prépondérante donnée à la vision européenne à des décisions toutes simples comme « la fin de la Françafrique ».

Reste les quelques écueils qui persistent et qui restent encore à dépasser :

Dès ce samedi, le Conseil fédéral d’Europe Écologie Les Verts doit se prononcer sur ce projet d’accord et il peut encore rejeter le compromis négocié hier par un groupe restreint. D’autant que, dans ces discussions, il a tout de même fallu céder un certain nombre de circonscriptions pour des députés socialistes 🙂 .

Bien entendu, sur le nucléaire, l’accord n’a pu se faire totalement et la fermeture chantier de l’EPR de Flamanville reste une revendication non partagée. Les écologistes et les socialistes se distingueront toujours à l’avenir sur ce point précis et, d’une certaine manière, les électeurs qui choisiront Eva Joly en avril (élection présidentielle) pèseront peut-être sur une évolution des choses d’ici juin (élections législatives).

Il n’en reste pas moins qu’il faut saluer la révolution copernicienne du parti socialiste sur le fond du problème puisque c’est tout de même une belle amorce de sortie du nucléaire dont il a été convenu avec la fermeture de 24 réacteurs et le renoncement à tout nouveau chantier, comme l’EPR de Penly par exemple. Un résultat salué comme il se doit par les industriels qui nous ont mené dans le mur depuis des années.

Enfin, et ce n’est pas le moindre des écueils, le projet d’accord électoral entre le parti socialiste et Europe Écologie Les Verts ne prévoit absolument pas de stopper les projets de ponts sur la Loire du Conseil général du Loiret : vous ne trouvez pas que c’est un scandale ? 🙂

Session de juin, deuxième round

Après les débats animés du jeudi autour des ressources humaines du conseil général et, surtout, à propos des enfants laissés à la rue, la session du vendredi 10 juin était consacrée à l’examen des différentes délibérations du moment.

Rapport A1 : Favoriser le dynamisme économique

Sous ce titre ronflant se cache l’adoption d’une subvention à une entreprise pour laquelle il nous était proposé de déroger à la règle usuelle qui prévoit de n’intervenir que si la commune concernée apporte également une aide. Marc Gaudet, isolé dans la majorité, estima qu’il ne fallait pas faire d’exception.
Bien que le projet soit relatif à un fabricant de chocolat (hum!), Estelle Touzin et moi-même nous joignîmes à lui dans l’abstention, manifestant ainsi notre scepticisme face à l’intervention des finances publiques dans les investissements des entreprises privées.

Rapport A5 : Contribuer à la réussite de l’enseignement secondaire

Cet objectif ambitieux ouvre la voie à une délibération visant à adopter la carte scolaire (ou sectorisation) qui affecte à chaque famille un collège, puis à valider diverses dépenses engagées pour les établissements sous la responsabilité du conseil général.

Du coup, chacun y alla de son « merci » pour tel ou tel canton dans lequel le Département a fait quelques menus travaux particulièrement réussis. 🙂

A propos de la sectorisation, Antoine Carré se félicita du vote favorable obtenu auprès du Conseil départemental de l’éducation nationale (CDEN).
Micheline Prahecq dénonça tout de même la faible lisibilité de la carte scolaire qui nous était présentée et insista pour que cette carte ne soit pas figée. Elle précisa que le vote du CDEN n’avait été obtenu qu’à la condition que de telles évolutions soient possibles.
Je complétai cette intervention peu après :

Réponse lapidaire à propos du polysecteur de l’Argonne : Antoine Carré confirme seulement que le conseil général a « un projet » dans le secteur.

Rapport E1 : Sécuriser et moderniser les infrastructures

Cette grande ambition s’affichait en tête d’une délibération assez modeste apportant des ajustements financiers et introduisant une nouvelle ligne budgétaire consacrée à la déviation routière de la commune de Saint-Martin d’Abbat.
Cela amena Claude De Ganay à défendre l’intérêt de cette déviation pour les acteurs économiques (dans le temps on disait : le patronat). Les élus de différents cantons, dont celui de Jargeau, se succédèrent alors pour dire ô combien telle ou telle déviation sauverait l’existence même de leurs administrés.
D’où mon intervention.

Cela n’eut pas l’heur de plaire au Président qui me répondit sur un ton désespéré que je ne comprendrai jamais à quel point la circulation des camions est inhérente à la création, ou du moins au maintien, des emplois sur le territoire. Je suppose qu’il veut dire par là qu’il n’y avait pas de travail avant l’invention de la bagnole et que le mode de vie du vingtième siècle est forcément celui qui prévaudra pendant le prochain millénaire au moins. Sa conclusion traduisit une incompréhension entre nous : au moment de couper son micro, en effet, Eric Doligé lâcha cette phrase désabusée : « je ne sais même pas pourquoi on discute! ».
Sans doute, est-ce ce que les Claude Allègre d’il y a quarante ans répondaient aux écologistes qui leur parlaient d’effet de serre et de réchauffement climatique (cf René Dumont, L’utopie ou la mort, 1974).

Rapport D3 : Développer les compétences humaines
Ce rapport sur les relations sociales dans notre administration départementale, comme le discours de la veille, contient une série d’indicateurs étonnamment positifs de l’ambiance de travail dans la collectivité et rassemble bon nombre de décisions judicieuses en matière de ressources humaines.
Il s’y ajouta une présentation très curieuse qui fut faite par le directeur de la solidarité et où je ressentis dans un premier temps un véritable réquisitoire contre son prédécesseur, parti du conseil général l’an passé.
Malgré toutes ces paroles rassurantes, le groupe socialiste écologiste et républicain marqua, en s’abstenant d’approuver ce rapport, que la sérénité à atteindre dans les relations humaines n’était pas encore au rendez-vous.

Rapport D6 : Piloter la stratégie budgétaire
Il s’agissait là de valider la modification du budget 2011 au vu des dépenses et recettes mieux connues aujourd’hui et d’examiner le compte administratif 2010.
Le président commenta la situation financière sur un ton lugubre qui tranchait avec les interventions faites ces dernières années pour nous exhorter à l’optimisme. Il dépeignit un Département à deux pas de la crise, incertain de ses recettes et confronté au 5ème risque … quand bien même le gouvernement imposerait une seconde journée de solidarité pour les personnes âgées selon les indiscrétions du sénateur Doligé.

L’un des aspects plus spécifiques de ce rapport consistait à donner acte de l’utilisation de la taxe départementale pour les espaces naturels sensibles (TDENS), dont les habitués de mes comptes-rendus savent qu’elle est plus ou moins détournée vers des opérations à caractère plus touristique qu’écologique. Je m’élève régulièrement contre cette anomalie, non qu’il ne faille pas financer, par exemple, les parcs départementaux ou la mise en valeur du canal d’Orléans, mais parce que cette taxe à une vocation légèrement différente qui permettrait de faire beaucoup plus pour la biodiversité. D’autant que le conseil général l’a reconnu lui-même par une délibération que je ne manque jamais de rappeler.

Au final, en vertu de notre désapprobation du budget 2011, l’ensemble du groupe socialiste écologiste et républicain s’abstint de voter cette délibération.

Fin de séance

Malgré l’heure avancée, il restait encore à examiner les 3 vœux déposés par mes soins, dont deux au titre de mon groupe politique et l’autre en accord avec l’écologiste Estelle Touzin. Nous commençâmes toutefois par retirer le vœu relatif aux ressources humaines dans la mesure où le sujet avait été largement débattu et où nous avions marqué notre scepticisme par notre abstention pour le rapport D3.

Voeu relatif à la suppression de postes d’enseignants.

Je le présentai rapidement en soulignant le fait qu’il s’agissait d’un simple soutien à l’association des maires de France (AMF), une organisation très honorable, présidée par un député-maire UMP, Jacques Pélissard.
Eric Doligé se contenta de botter en touche en prétendant que cela ne concernait que les écoles primaires et qu’il s’agissait d’un débat national. Pas comme le vœu voté en décembre à propos d’un barrage sur la Loire qui, lui, concernait bien un risque pour le Loiret. Toutefois, notre président admit volontiers, qu’il y avait une certaine « finesse » à lui proposer un tel vœu. Je dois avouer que tout le mérite en revient à un article du Canard enchaîné du 25 mai dernier qui s’amusait déjà de la contradiction entre des maires UMP désespérés de fermer leurs écoles et un gouvernement qui continue de détruire l’emploi dans l’Education nationale.
Assumant d’être mise en porte-à-faux, la majorité départementale du Loiret désavoua sèchement ses amis de l’AMF.

Voeu relatif à la sortie progressive du nucléaire.

Le matin même sur France bleu, j’avais argumenté en faveur de ce voeu.

Voici comment je défendis à nouveau ce vœu, certes limité par sa portée départementale mais volontariste en raison des choix politiques en matière énergétique qui sont malgré tout entre les mains des collectivités territoriales.

La réponse d’Eric Doligé fut de noter qu’un vœu similaire avait déjà été adopté par les seuls écologistes au nom du conseil régional du Centre et que cela relevait de la politique politicienne (comme si l’on pouvait faire grief aux écologistes de ce que les conseillers régionaux UMP, dont Charles-Eric Lemaignen, ait déserté leur poste au moment de se prononcer clairement sur cette question). L’argumentation fut un peu courte pour quelqu’un qui aurait jadis bataillé ferme pour nous assurer que l’industrie nucléaire était un indispensable fleuron de l’industrie patriotique. Eric Doligé ajouta que pour prendre de telles délibérations, il faudrait que nous soyons mieux formés (j’espère que, lui qui est parlementaire, sait de quoi il retourne quand il vote des lois). Il proposa enfin d’inviter des experts, un pour, un contre, pour avoir un débat au sein du conseil général et éclairer les indécis. Chiche !
Le vœu en faveur de la sortie du nucléaire recueillit toutes les voix des écologistes et des socialistes (à part quelques absents comme Christophe Chaillou qui avait dû quitter la séance pendant mon intervention). Les communistes allèrent jusqu’à l’abstention, ce qui dénote une sacrée évolution par rapport au passé nucléocrate de ce parti et je dois saluer l’ouverture d’esprit d’un Michel Ricoud à ce sujet. Toute la droite vota comme son chef, à fond pour le passé.